Shlomi
- eva layani
- 13 juin
- 2 min de lecture

La forêt accueille ses invités comme une cathédrale irrégulière, faite de lumière blonde et de branches tordues. Le sol craque sous les pas de ses visiteurs, la mousse assouplit les bruits. L’herbe danse, enveloppée par le souffle du vent.
Les couleurs ondulent d’un chemin à l’autre, au grès des caprices du soleil qui joue avec les cimes des arbres qui s’enlacent.
Le jour est haut, l’air est chaud. Au hasard du chemin, se réveille des odeurs aléatoires.
Des odeurs sucrées d’amitiés enfantines.
Des odeurs humides de la sueur des coureurs.
Des odeurs primitives, des premières passions qui se crient au grand air.
La lumière se cache un instant et nous laisse face à l’immensité de la forêt, celle qui qui effraie ou nous pousse à nous élever. Puis, elle réapparait et nous crie “tu es prêt”.
Je marche depuis un moment au hasard, sans parler, dans la brume de mon âme mélancolique, dans ce nouveau pays qui m’appelle et me tétanise en même temps.
Israel. Terre promise. Convoitée. Déchirée. Lumineuse.
Je marche dans cette forêt , tout en haut de ce petit pays, dans une petite ville: Shlomi. Une forêt qui pourrait ressemblait à toutes les autres. Pourtant, je ne reconnaît pas les arbres, l’air y est plus humide, aride, la nature y est moins diversifiée. Je suis fatiguée, essouflée, peut-être un peu perdue.
J’essaie de réveiller mes racines, mon enfance dans la petite maison à l’orée du bois, en face du château d’eau. Mais les souvenirs sont bloqués. Une peur m’envahit. Je ne reconnaît plus le chemin. Avant, la perte d’un chemin symbolisait l’aventure qui m’appelait, le rire qui me prenait.
Ici c’est la peur, la dure réalité d’une frontière enemie à quelques mètres comme me rappellent les grands cèdres libanais qui m’entourent.
Je n’arrive plus à réfléchir, ma respiration freine un instant, je m’adosse contre le grand arbre et ferme les yeux.
Une musique venant de loin ondule jusqu’à moi et rallume mes paupières . Un air de violon. J’ouvre les yeux en grand mais ne voit rien. Rien qu’une nouvelle lumière plus douce, plus sereine. Je reconnais un air traditionnel. Je ne sais pas si la musique existe ou pas mais elle me guide, je danse vers elle, je cours, essouflée, heureuse. Je n’ai plus peur. Je ne vois plus le danger. Je ne vois que la nature qui se partage, qui m’enlace et me crie “tu es arrivée”.



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